Publié le 18 octobre 2026
Les trois racines invisibles qui font tenir votre enfant debout
Notes, comportements… ce qu'on voit n'est que la pointe de l'iceberg. Et si l'essentiel de l'éducation se jouait sous la surface, comme pour un arbre ?
Imaginons un soir ordinaire. Le bulletin est posé sur la table de la cuisine, le repas refroidit, et vous vous surprenez à scruter chaque note comme on scruterait la météo. Bonne moyenne : soulagement. Remarque sur le comportement : inquiétude. C'est humain, n'est-ce pas ? Ce que nous voyons de nos enfants, ce sont d'abord leurs résultats et leurs attitudes. C'est ce qui dépasse du sol.
Pourtant, dans le premier chapitre de Les Fondations de l'Éducation, Abdennaceur Agrebi nous invite à regarder ailleurs, plus bas, là où l'œil ne va pas spontanément. Car pour lui, l'essentiel de l'éducation est invisible. Comme pour un arbre, ce qui soutient l'enfant se joue sous terre, dans ses racines.
Ce qui se joue sous la surface
L'auteur compare l'éducation à un iceberg : les comportements et les résultats scolaires n'en sont que la pointe. Tout le reste, la partie la plus large et la plus solide, se trouve sous l'eau. C'est là que se développent les racines.
Cette image change notre façon de regarder nos enfants. Un enfant qui réussit n'a pas forcément des racines profondes. Un enfant qui traverse une période difficile n'est pas forcément mal enraciné. Ce qui compte, c'est ce qui le nourrit en profondeur, jour après jour, sans bruit.
Et ces racines, quelles sont-elles ? Le livre en nomme trois :
« Ces racines — l'amour inconditionnel, la sécurité émotionnelle et le respect mutuel — nourrissent, stabilisent et soutiennent tout ce qui se construit au-dessus. Sans elles, même le plus bel arbre peut s'effondrer au premier coup de vent. » (Tome 1, p. 16)
Trois racines pour un seul arbre
L'amour inconditionnel, c'est aimer son enfant pour ce qu'il est, et non pour ce qu'il fait. L'auteur le décrit comme le sol fertile où tout commence. Il donne à l'enfant un sentiment de valeur intrinsèque, qui ne dépend ni de ses performances ni de ses comportements.
Le livre raconte l'histoire de Sarah, mère solo. Son fils Thomas était terrifié par l'échec. Après un contrôle raté, elle lui a dit qu'elle l'aimait, qu'il réussisse ou qu'il échoue. Et Thomas s'est senti libre d'essayer. Voilà ce que fait un sol fertile : il ne pousse pas la plante, il lui permet de pousser.
La sécurité émotionnelle, c'est offrir à l'enfant une base de repli sûre : un endroit où il peut revenir quand il a peur, où il sait qu'il sera compris et soutenu. Le livre rappelle, dans un encart « Parole d'expert », les travaux de Mary Ainsworth sur l'attachement : les enfants qui disposent d'une base de sécurité solide explorent davantage et développent une meilleure autonomie. Autrement dit, c'est parce que l'enfant sait pouvoir revenir qu'il ose partir.
Le respect mutuel, enfin, est une connexion à double sens. Le respect ne se décrète pas, il se vit. Malik, père dans une famille recomposée, en témoigne dans le livre : un jour, sa fille de 7 ans se sentait victime d'une injustice. Plutôt que de balayer sa plainte, il l'a écoutée, puis ils ont trouvé ensemble une solution équitable. Il raconte avoir vu, ce jour-là, le respect grandir dans les yeux de sa fille. Comme le résume l'auteur, les enfants apprennent à respecter lorsqu'ils sont eux-mêmes respectés.
Quand une racine s'abîme
Soyons honnêtes : aucun parent n'est parfait. Les tensions, la fatigue, le stress, les incohérences du quotidien peuvent fragiliser ces racines. Il y a des soirs où l'on hausse le ton, des matins où l'on n'a plus de patience. Faut-il pour autant se sentir coupable ? Le livre répond avec une grande douceur :
« Il n'est jamais trop tard pour réparer une racine endommagée. Les enfants sont incroyablement résilients. » (Tome 1, p. 19)
Réparer, c'est revenir vers l'enfant après un conflit, avec des excuses sincères. Loin d'être un aveu de faiblesse, ce moment est précieux : il renforce le lien. Le livre cite d'ailleurs le Dr Dan Siegel, psychiatre du développement, pour qui ces moments de réparation renforcent le lien parent-enfant et enseignent la résilience émotionnelle. Imaginons une maman qui, après s'être emportée, s'assoit au bord du lit et dit simplement : Tout à l'heure, j'ai crié trop fort. Je suis désolée. Je t'aime. L'enfant apprend alors qu'une relation peut traverser l'orage sans se briser.
Et puis il y a vous. L'auteur insiste : le parent doit aussi prendre soin de ses propres racines. Il reprend la consigne bien connue des avions : mettre d'abord son propre masque à oxygène avant d'aider les autres. Un jardinier épuisé arrose mal. Prendre soin de soi n'est pas un luxe, c'est une partie du soin que l'on donne à l'enfant.
À essayer cette semaine
Les racines se nourrissent au quotidien, par petits gestes. Voici trois idées proposées dans le chapitre :
- Le journal des gratitudes familiales : chaque soir, prenez cinq minutes pour noter ensemble trois choses positives de la journée. Un moment simple qui oriente le regard vers ce qui va bien.
- Dessiner l'arbre familial : sur une grande feuille, dessinez un arbre. Dans les racines, écrivez les valeurs de votre famille ; dans les branches, vos rêves. Le livre propose d'adapter l'activité à l'âge de chacun : un tout-petit peut colorier, un adolescent peut nourrir une vraie discussion.
- Le rituel du merci : une fois par semaine, chaque membre de la famille exprime sa gratitude envers un autre. Un merci pour un geste, une aide, un sourire.
Vous n'avez pas besoin de tout faire. Choisissez un seul geste, et tenez-le quelques jours. C'est ainsi que les racines s'étendent : lentement, mais sûrement.
Un jardin qui se cultive saison après saison
Le chapitre se termine sur le conte d'un petit arbre courageux qui, pendant une tempête, tient bon grâce à ses racines profondes. Ce qui l'a sauvé ne se voyait pas au-dessus du sol. Nos enfants aussi traverseront des tempêtes : un échec, une peine, une injustice. Ce jour-là, ce ne sont pas leurs notes qui les tiendront debout, mais ce que nous aurons patiemment nourri sous la surface.
L'éducation ne se construit pas en un jour. Elle se cultive comme un jardin, avec patience, avec indulgence pour nos propres maladresses, et avec la certitude qu'il n'est jamais trop tard pour arroser.
Et vous, parmi ces trois racines, laquelle avez-vous envie de nourrir en priorité cette semaine ?
Cet article s'inspire du chapitre 1 de Les Fondations de l'Éducation (Tome 1 de la collection « Guides et Lois de l'Éducation »), disponible sur Amazon en broché et en Kindle. Le livret d'utilisation familiale est offert.